A voir Avatar, ça a l'air simple de faire des bons films. On se demanderait presque pourquoi on voit autant de daubes...
Alors oui, le scénario est un peu téléphoné, il reprend beaucoup de "Danse avec les loups" mais au final on s'en fout bien tant on est capturé par les trésors d'imagination développés pour créer un autre monde plein de choses vivantes luminescentes ou monstrueuses.
Evidemment, c'est du James Cameron, donc de très beaux effets spéciaux, des répliques un peu cheesy et des personnages qui ont juste l'épaisseur necessaires pour que l'on y croit... ou alors on a tellement envie d'y croire qu'on pardonne.
J'aime bien lire des critiques après avoir vu un film. J'ai été étonné de voir que toutes celles que j'ai lu sur IMDB saluent le génie de James Cameron, reviennent sur le fait que c'est une expérience cinématographique hors pair, probablement le must depuis les premiers Star Wars, mais laissent complètement de côté ce qui me semble être le message du film.
En effet, ce qui me saute aux yeux dans ce film, c'est la référence aux indiens d'amazonie et à leur extermination progressive qui accompagne le destruction de la plus grande forêt du monde.
Tout y est :
- les cyniques et méchants militaires sans scrupules, sans autres valeurs que la recherche du profit et sans aucune empathie,
- les indigènes vivant en harmonie dans leur milieu (remercier ou s'excuser de prendre la vie d'un animal au cours de la chasse, retrouver ses ancêtres dans les arbres ou les animaux de la forêt -qqch qui m'avait beaucoup marqué lors de mes études aborigènes en Australie),
- un milieu ou tout est interconnecté comme un réseau (qui renvoit au roi des réseaux Internet, mais aussi à la théorie du battement d'aile de papillon).
J'aime beaucoup l'idée de cette queue qu'ont les Na'vi et qui agit comme un terminal qui leur permet de se connecter à des animaux, des arbres ou autres. Une idée très geeky et qui au final est bien tournée en pratique naturelle...
Enfin, on retrouve encore cette idée bien pratique et qui sous-tend tant de films/livres/séries américain(e)s : la destinée manifeste (wikipédia fr), ici appliquée au personnage de Jake Sully, l'élu, celui qui a été choisit pour "sauver" les Na'vi...
Une dernière chose m'interpelle là-dedans : celui qui arrive à infiltrer et à se faire accepter par les Na'vi est aussi le moins qualifié. Il ne connait pas la langue, il ne connait pas la culture, il est un peu parachuté là sans avoir pris parti.
Il n'est ni pour Grace 'Sigourney Weaver' Augustine en mode Gorrille dans la brume et les ardents défenseurs des droits des indigènes, ni pour l'alliance industriels-militaires -allez hop, les gentils scientifiques d'un côté, les méchants et abrutis militaires se font le bras des cupides chercheurs d'or - rebaptisé Unobtanium pour l'occasion.
Bref, il m'arrive souvent de penser que l'on a tout a gagné à mettre le pouvoir dans les mains de ce qui n'en veulent pas : un homme politique qui ne veut pas du pouvoir ne risque pas d'en abuser... Il arrive aussi avec une idée neuve sur la politique.
Voici ce que je vois en filigrane du film :
- le rejet du scientisme (la science va tous nous sauver),
- du capitalisme sauvage (et la naissance d'un capitalisme éthique),
- de la guerre (les militaires, les humains sont les méchants),
- la peur de la destruction de la planète ; de la nature comme de la civilisation (les militaires qui bombardent un arbre grand comme une twin tower qui s'effrondre sur les pauvres aborigènes) avec une voix off qui nous raconte que ce ne sera pas la fin de la planète, qu'elle survivra, mais que leur espèce pourrait disparaitre (tiens j'ai déjà entendu ça qqpart...).
- le retour à la nature (allez, en 2010 on va tous vivre à poil dans les arbres !),
- la recherche de la sagesse des peuples indigènes, des philosophies asiatiques (tout est lié, la vie n'est qu'un emprunt, l'équilibre des énergies).
Je me demande si les gens voient ça. S'ils comprennent à quel point ils sont manipulés. Bien sûr, c'est le job de l'artiste de parvenir à synthétiser toutes les tendances de l'idéosphère et c'est un chef-d'oeuvre de les intégrer dans une histoire vibrante qui reprend les codes habituels de la narration (le héros, l'aventure, l'histoire d'amour, la rivalité entre males dominants, les méchants, etc.). C'est un chef-d'oeuvre et en même temps, ça m'énerve de penser que l'on puisse fabriquer des blockbuster sur mesure.
Encore une mention spéciale à South Park qui reussit encore une magnifique parodie d'Avatar dans l'épisode Dances With Smurf (S13E13), en jouant à la fois sur le manque d'originalité du scénario de James Cameron, et les rapports entre journalisme et politique avec Cartman en insupportable présentateur des "morning announcements".
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