L'autre jour, au cours d'un long trajet en voiture je tombais -merci France Culture !- sur une émission consacrée à Lewis Carroll le créateur d'Alice au Pays des Merveilles.
Alice est une histoire passionante et tous ces jeux sur les rêves et le nonsense sont une vraie bouffée d'air pur. Cette émission regorge de trésors et vous pouvez peut-être encore l'écouter sur le site de France Culture.
En attendant, voici un extrait croustillant tiré de la version de Disney -merci YouTube !-, le fameuse tea party du non anniversaire en compagnie du chapelier toqué et du lièvre de Mars.
Quelques citations inoubliables à la philosophie toute non-sensicalesque :
Le chapelier toqué - Voulez-vous un peu plus de thé ?
Alice - Je n'en ai pas encore bu une goutte comment voulez-vous que j'en veuille un peu plus ?
Lelièvre de Mars - Justement, il est facile d'avoir plus que rien du tout.
Le chapelier toqué - Oui, vous en aurez fatalement plus.
Voyez comme ce même dialogue est mieux en version originale :
The mad hatter - Would you like a little more tea ?
Alice - Well I haven't had any yet, so I can't very well take more...
The March Hare - Ah you mean you can't very well take less.
The mad Hatter - Yes. You can always take more than nothing.
La publicité est parfois étouffante et mes trajets matinaux sont ponctués par la lecture parfois réjouie parfois subie de la une des couvertures de magazine sur les kiosques.
L'autre jour je ne sais quel magazine a fait sa une avec un article sur les rétrosexuels. Rétrosexuels ? Mais si, vous savez les gens qui pratiquent la monogamie, qui sont fidèles et qui parlent encore d'amour et de grands sentiments.
Ce que j'aime dans les néologismes c'est le pouvoir créateur, la fonction poétique du langage pour reprendre la classification de Jacobson : un mot = un nouveau concept, une nouvelle idée sur laquelle on peut enfin mettre un mot et une entrée dans le dictionnaire. Un racourci pour la pensée et la communication.
"Rétrosexuel", ça fait penser "métrosexuel". Un mot qui date déjà un peu maitenant et qui désigne les hommes qui sont -un peu trop ?- coquets. Métrosexuel est un vrai néologisme et un beau mot-valise qui combine métro (urbain) et sexuel. Il vient enrichir la paire "homosexuel" et "hétérosexuel" sans vraiment se placer sur le même plan lexical. Rétrosexuel est un vrai nouveau mot qui désigne une nouvelle tendance.
Seulement "rétrosexuel", c'est un peu différent. Ici, le mot ne créé pas l'idée. Ce mot affirme qu'aujourd'hui c'est stupide ou simplement démodé de croire en l'amour ou d'être fidèle à son partenaire. Ce mot prend pour point de départ le fait que la majorité de la société fréquente des clubs échangistes, s'offre les services de professionnels et fait semblant d'aimer, probablement pour se réfugier dans les arguments rationnels qui justifie un mariage ou une relation amoureuse.
Quand exactement s'est opéré ce glissement de sens du mot/idée amour ? C'était un été c'est sûr. A voir la profusion de magazines qui sortent des dossiers ou des numéros entiers consacrés au sexe. A croire que le reste de l'année, nous sommes des momies alibidineuses. Elle et tant d'autres magazines "féminins" n'ont pas raté le coche. Les Inrocks aussi consacrent un numéro entier au sexe. Mais on y parle plus de pornographie qu'autre chose.
La pornographie justement. Depuis quand est elle devenue un passe-temps honnête et accetable ? Depuis quand peut-on répondre à la question "Tu viens faire un bowling ce soir ?" par "Non ma femme et moi restons à la maison pour regarder un grand classique de Roco Siffredi !" et à quand le "C'est bête, vous devriez venir !".
Pour finir en beauté, je vous offre ce néologisme de mon cru : un apérotique. Un mot parfaitement bien formé (notez ce bel imbriquement digne d'une position du Kama Sutra) pour une idée qui... bien qui reste encore à définir. Alors si vous le voulez bien, définissons ensemble ce nouveau mot : j'attends vos propositions.