
J’aurais également abandonné très vite si je n’en avais pas marre de laisser des trucs inachevés tant le livre commence sur des portraits de gens dont la mesquinerie est étouffante. L’auteur nous livre le vomissant monologue intérieur de personnage qu’il accable sans aucune pitié :
- Adrien Deume, le mari ambitieux et tire au flanc qui travaille à la Société des Nations à Génève,
- sa mère bourgeoise catholique aspirant à la reconnaissance sociale,
- Ariane D'Auble, sa femme lesbienne refoulée, bientôt adultère emprisonnée dans un mariage qui la dégoute,
- Solal, le supérieur du mari, Sous-Secrétaire général de la SDN et supérieur du mari, juif, homme à femmes, frustré et méprisant.
Ce dernier se débrouille donc pour séduire la femme. Il finit par l’inviter au Ritz et lui tient pendant au moins 20 pages ce genre de discours :
Premier manège, avertir la bonne femme qu’on va la séduire. Déjà fait. C’est un bon moyen pour l’empêcher de partir. Elle reste par défi, pour assister à la déconfiture du présomptueux. Deuxième manège, démolir le mari. Déjà fait. Troisième manège, la farce de poésie. Faire le grand seigneur insolent, le romantique hors du social, avec somptueuse robe de chambre, chapelet de santal, monocle noir, appartement au Ritz et crises hépatiques soigneusement dissimulées. Tout cela pour que l’idiote déduise que je suis de l’espèce miraculeuse des mants, le contraire d’un mari à laxatifs, une promesse de vie sublime. Le pauvre mari, lui, ne peut pas être poétique. Impossible de faire du théâtre vingt-quatre heures par jour. Vu tout le temps par elle, il est forcé d’être vrai donc piteux. Tous les hommes sont piteux, y compris les séducteurs lorsqu’ils sont seuls et non en scène devant une idiote émerveillée. Tous piteux et moi le premier !
Pour vraiment jouir de ce passage, il faut savoir que le manège qu’il décrit est exactement celui qu’il est en train de faire. Il fait le romantique hors du social, porte une robe de chambre et la scène se déroule dans sa chambre de Ritz, etc.
Bref, il m’a fallu attendre près de 385 pages pour que le livre devienne à peu près intéressant. Et je commence à entrevoir une relation entre ce Cohen et Louis Ferdinand Céline dans sa haine et son rejet de l’humanité. Très peu de choses sont à sauver : les hommes sont piteux et les femmes sont des idiotes… Une vraie sinécure pour mon moral ! J’hésite à le conseiller…
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