Une amie m'a offert ce super livre pour mon anniversaire (Merci 'mélie ! ). Je n'en reviens toujours pas. Je trouve le livre parfait. Accrocheur comme Harry Potter, très bien écris (certaines images sont à vous couper le souffle et les dialogues sont bluffants), il y a du suspens, une histoire mystérieuse autour d'un écrivain génial et maudit, un homme qui le poursuit pour détruire ses livres et un adolescent (le narrateur) qui mène l'enquête...
Ici, le voici qui rentre chez lui, dans la librairie de son père. Fermin, un SDF qu'ils ont sorti de la rue l'acceuille. Voyez plutôt la tirade qu'il fait sur les femmes, les hommes et la séduction. Totally inspiring !
Il était deux heures et demie passées quand je revins à la librairie. En me voyant entrer, Fermin me lança un regard sarcastique du haut de l'échelle où il astiquait une collection des Episodes nationaux de l'illustre Benito.
- Ô heureuse vision ! Je vous croyais parti pour les Amériques, Daniel.
- Je me suis amusé en route. Et mon père ?
- Comme vous ne reveniez pas, il est allé faire les autres livraisons. Il m'a chargé de vous dire qu'il irait cette après-midi à Tiana pour estimer la bilibothèque privée d'un veuve. Votre père n'a pas l'habitude de faire des discours. Il a juste dit que vous ne l'attendiez pas pour fermer.
- Il était fâché ?
Fermin fit signe que non en descendant de l'échelle avec l'agilité d'un chat.
- Allons donc, votre père est un sain. Et puis il était très content de voir que vous vous êtes trouvé une petite amie.
- Quoi ?
Fermin me fit un clin d'oeil, tout réjoui.
- Ah ! garnement, on peut dire que vous êtes un petit cachottier. Et quelle fille, dites donc. Pas du genre à passer inaperçue dans la rue. Et bien élevée, avec ça. On voit tout de suite qu'elle est allée dans les bons collèges. Mais quand même, elle avait quelque chose de coquin dans le regard... Vous savez, si mon coeur n'était pas pris par Bernarda... Parce que je ne vous ai pas raconté notre goûter... Ca fait des étincelles, oui, des étincelles comme dans la nuit de la Saint-Jean...
Je l'interrompis :
- Fermin, de quoi diable êtes-vous en train de me parler ?
- De votre petite-amie.
-D'accord. Aujourd'hui, vous les jeunes vous appellez ça autrement, "gueurlifrend" ou...
- Fermin, on rambobine le film. De quoi parlez-vous ?
Fermin Romero de Torres me regarda, déconcerté, et leva une main, doigts joints, pour gesticuler à la mode sicilienne.
- Eh bien, cette après-midi, entre une heure et une heure et demie, une demoiselle du tonerre est passée par ici et a demandé si vous étiez là. Votre père et votre serviteur étaient présents, sains de corps et d'esprit, et je puis vous assurer que la jeune personne n'avait rien d'un fantôme. Je pourrais même vous décire son parfum. Lavande, mais en plus doux. Comme un petit pain tout frais sorti du four.
- Et cette chose qui sortait tout juste du four a dit qu'elle était ma petite amie ?
- Comme ça, en toutes lettres, non, mais elle a eu un de ces sourires en coin, vous voyez ce que je veux dire, pour annoncer qu'elle vous attendait vendredi après-midi. Nous, on s'est bornés à additionner deux et deux.
- Bea.... murmurai-je.
- Ergo, elle existe triompha Fermin.
- Oui, mais ce n'est pas ma petite amie.
- Alors je ne sais pas ce que vous attendez pour qu'elle le devienne.
- C'est la soeur de Thomas Aguilar.
- Votre ami l'inventeur ?
Je fis signe que oui.
- Raison de plus. Même si elle était l'amie de Gil Robles, qu'est-ce que ça peut faire ? Elle est formidable. Moi à votre place, je n'hésiterais pas.
- Bea est fiancée. Avec un aspirant qui fait son service militaire.
Fermin soupira, contrarié.
- Ah ! L'armée, fléau et refuge tribal du corporatisme simiesque. Tant mieux : vous pourrez lui poser des cornes sans remords, à cet individu.
- Vous délirez, Fermin. Bea se mariera dès que l'aspirant aura terminé son service.
Fermin eut un air rusé.
- Eh, bien, pensez-en ce que vous voulez, moi, j'ai comme l'impression qu'elle ne l'épousera pas.
- Qu'est-ce que vous en savez ?
- J'en sais plus que vous sur les femmes et sur le monde. Comme nous l'enseigne Freud, la femme désire l'opposé de ce qu'elle pense ou déclare, ce qui, à bien y regarder, n'est pas si terrible, car l'homme, comme nous l'enseigne monsieur de La Palice, obéit, au contraire, aux injonctions dde son appareil génital ou digestif.
- Laissez tomber les discours, Fermin, vos ficelles sont trop grosses. Si vous avez quelque chose à dire, synthétisez.
- Eh bien, pour aller à l'essentiel : elle ne va pas se marrier avec le trouffion.
- Ah non ? Et quelle tête elle avait, alors ?
Fermin se pencha vers moi d'un air confidentiel.
- La tête de quelqu'un qui est gravement atteint, asséna-t-il, mystérieux. Et notez que je le dis comme un compliment.
Comme toujours, Fermin était dans le vrai. Vaincu, je décidai de lui renvoyer la balle.
- A propos de personnes gravememnt atteintes, parlez-moi donc de Bernarda. Vous l'avez embrassée, ou non ?
- Ne m'offensez pas, Daniel. Je vous rapelle que vous vous adressez à un professionnel de la séduction, et le baiser c'est bon pour les amateurs et les dilettantes en pantoufles. La femme se conquiert petit à petit. Tout est affaire de psychologie, comme dans une bonne passe de torero.
- Dites plutôt qu'elle vous a envoyé promener.
- On n'envoie pas promener Fermin Romero de Torres. Le problème, c'est que l'homme, pour en revenir à Freud et utiliser une métaphore, fontcionne comme une ampoule électrique : il s'allume d'un coup et refroidit aussi vite. La femme, elle, c'est scientifiquement prouvé, s'échauffe comme une casserole, vous comprenez ? Peu à peu, à feu lent, comme la bonne fricassée. Mais quand elle est enfin chaude, personne ne peut plus l'arrêter. Comme les hauts-fourneaux de Biscaye.
Je soupesai les théories thermodynamiques de Fermin.
- Et c'est ce que vous faites avec Bernarda ? Vous mettez la casserole sur le feu ?
Fermin me fit un clin d'oeil.
- Cette femme est un volcan au bord de l'éruption, avec une libido de magma en fusion et un coeur de sainte - dit-il en se passant la langue sur les lèvres. Pour établir un parrallèle crédible, elle me rappelle ma petite mulâtresse de La Havane, qui pratiquait fort dévotement les rites afro-cubains. Mais vu qu'au fond je suis un gentleman comme on n'en fait plus, je n'en ai pas profité et me suis contenté d'un baiser sur la joue. Je ne suis pas pressé, vous comprenez ? Les bonnes choses se font toujours attendre. Il y a des rustres qui s'imaginent que s'ils mettent la main au cul d'une femme et qu'elle ne proteste pas, l'affaire et dans le sac. Ce sont des ignares. Le coeur de la femme est un labyrinthe de subtilités qui défie l'esprit grossier du mâle à l'affut. Si vous voulez vraiment posséder une femme, il faut d'abord penser comme elle, et la première chose à faire est de conquérir son âme. Le reste, le réduit ouillet et chaud qui vous fait perdre les sens et la vertu, vous est donné de surcroît.
J'applaudis solennellement cette harange.
- Fermin, vous êtes un poète.
- Non, je suis comme Ortega y Gasset, un pragmatique, car la poésie ment, même si elle le fait joliement, et ce que j'affirme et plus vrai que le pain et la tomate. Comme disait le maître, montrez-moi un don juan et je vous prouverai que c'est un pédé déguisé. Ce qui compte pour moi, c'est la permanence, la perennité. Je vous prends à témoin : je ferai de Bernarda une femme heureuse.
Je lui adressai un sourire approbateur. Son ehtousiasme était contagieux et sa prosodie invincible.
- Prenez bien soin d'elle, Fermin. Bernarda a trop de coeur et elle a connu trop de déceptions.
- Vous croyez que je ne m'en rends pas compte ? Allons donc, c'est comme si elle portait sur le front la médaille des veuves de guerre. Puisque je vous dit que j'en connais un bout sur les vacheries de la vie : et cette femme, je la comblerai de bonheur, même si ça doit être la dernière chose que je ferai en ce monde.
- Promis ?
Il me tendit la main avec la superbe d'un chevalier du Temple. Je la serrai.
- Parole de Fermin Romero de Torres.
L'ombre du vent - Carlos Ruiz Zafon - p 173-178 (Le Livre de Poche)
J'aurais évidemment beaucoup de commentaires à faire sur ces quelques lignes. Je m'y retrouve très bien et j'aime la "superbe" de ce personnage (Fermin).
Il m'est souvent arrivé de penser ces temps-ci que quand je rencontrais des filles, je payais pour les autres : tous les minables qui ne les avaient pas traitées comme des princesses. Mais je suppose que pour certaines de mes ex, je tombe aussi dans cette catégorie...
Bref, c'est toujours assez jouissif de traiter une fille comme une princesse et de la voir basculer, d'ouvrir des portes pour elle. Il suffit parfois de très peu pour changer beaucoup. Les femmes me fascinent.
C'est à mon tour de te remercier du prêt de ce livre, Fermin est incroyable oui. ça faisait vraiment un moment que je n'avais pas consulté ton blog et je me rend compte que j'en apprends bcp plus ici que tout ce que tu as pu me dire çàd pas grand chose. Ca fait bien jounal intime ouvert à tous ceux qui le veulent bien !
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