vendredi 2 mars 2012

J'ai testé pour vous "Le Palais du printemps"


Je l'avais soigneusement évité depuis mon retour de Chine, mais il fallait bien que ça arrive, ce midi j'ai mangé dans un restaurant chinois... euh asiatique.

La cuisine asiatique, un concept européen.
Le concept même me fait sourire. Un restaurant asiatique. J'essaye de penser à un restaurant européen en Chine. Mais non, à Chengdu, les restaurants européens, étaient français, italiens ou turques mais certainement pas européens.

Pour donner une idée de l'échelle, la cuisine Chinoise (sur Wikipedia) à elle seule est si riche qu'elle se décompose déjà en - au moins - 5 régions principales. Et croyez-moi, on ne mange pas la même chose au nord de Beijing, sur le plateau du Tibet ou à Guangzhou (Canton). Tout comme on ne mange pas la même chose au Portugal et en Lettonie. Pas les mêmes produits, pas les mêmes modes de préparation.

A cela on doit également ajouter les restaurants Coréens, Thailandais et Japonais. Là encore, rien à voir entre eux.

La salle ?
Le restaurant d'aujourd'hui c'est donc un vaste entrepot habillé de rideaux rouges, de boudhas dorés, de plantes en plastique et de serveuses d'origines aussi diverses que les plats qu'on y propose mais néanmoins vêtues de tuniques de soie (ou presque) rouges ou bleus à motifs floraux.



La carte ? Pas de carte. 
Un buffet à volonté pour 10€80 pour tout le monde.
Au menu : des nems en tous genres, des plats en sauce (aigre-douce, caramel, etc.), du riz thai ou cantonais (même pas de riz blanc), des nouilles sautés (le seul plat correct), des maki,

Les clients ?
La table de 10 ça ça doit être le service compta au grand complet, le couple de beaux noirs ça doit être un rdv galant, ça c'est une table de repas de classe, ça c'est l'équipe du garage Renault d'à côté, en face c'est la famille Duval, à côté c'est Sylvie et Christine des RH, ah tiens, Gilbert mange encore tout seul aujourd'hui... on doit bien être 200.

Sur les tables c'est assiettes plates, couteaux et fourchettes pour tous.

- Moi : Euh, où sont les bols ?
- Elle : (en substance) Pas de bols.
- Moi : Ah bon*.  Mais vous avez des baguettes quand-même ?
- Elle : Ah oui bougez pas je vais vous en chercher.

(*Vous avez déjà essayé de manger du riz avec des baguettes dans une assiette ? Vous vous êtes jamais dit que c'était pas facile ?)

On était 2 à manger avec des baguettes.

Je me demande si c'est pire avec ou sans le son : "avec" je serrais probablement attérré par la teneur des conversations, sans, je peux m'imaginer le pire.

Dans les assiettes
C'est fou ce que les gens aiment les nems et les beignets. Yavait même des nuggets de poulet.

Pourtant, les légumes dans la cuisine asiatique sont délicieux, bien cuits mais encore croquants et pourtant non, vas-y que je te bouffe une assiette de 10 nems, un peu de canard aigre-doux pour finir mon porc au caramel, et puis tiens je vais finir par des nougats en dessert. Je parie que si je fais courir sur un tapis ce soir, je vais voir les même gens se lamenter de ne pas arriver à perdre les kilos qu'ils ont pris : "moi qui croyait que la cuisine asiatique était bonne pour le régime, je comprends pas..." Ouais d'accord ouais.

Oui, je sais, je cherche la bâton pour me faire battre
J'ai prié pour que la serveuse ne me demande pas si ça avait été. J'aurais été obligé de lui répondre : "Pourquoi ? VOus aviez l'impression que vous proposiez des plats de qualité ? Le gingembre confit vous le recevez en sachet sous-vide et je ne sais pas comment vous avez fait pour qu'il est ce petit gout de produit vaisselle, vos crevettes sont surgelées, les crudités sont insipides et gorgées de l'eau dans lesquelles les germes de soja ont baignées... j'arrête ou je continue.

Pourquoi tu te plains ?
Alors évidemment je m'y attendais mais quand-même ça fait mal. Pour ces gens qui viennent manger dans ces grands endroits anonymes et faussement tintés d'une culture exotique, pour les serveuses qui servent ce gloubiboulga asiatique qui ne correspond à rien. Et pour l'intercompréhension des peuples. Depuis que je suis rentré, je ne peux m'empêcher de penser à combien nous ignorons tout de l'Asie. On ignore déjà tout de la Bulgarie alors...

Je ne peux pas non plus m'empêcher de penser à mes étudiants chinois qui, arrivés en France, doivent avoir tant de mal à lier des amitiés, à comprendre les gens, et même à retrouver des éléments de leur culture - essentiel quand on s'expatrie.

Mal aussi pour moi qui ne retrouverai jamais les grands moments de la cuisine Sichuanaise (川菜) à Caen. Fail.

Mal enfin d'écrire cet article moqueur sur des gens qui ne le méritent sûrement pas. Le ton que j'emploie ici est le ton insupportable de condescendance qu'adoptent les hommes politiques quand ils parlent entre eux des ces imbéciles qu'ils doivent gouverner, celui du mépris de classe évoquer dans les commentaires d'un article de @Karim Miské sur son blog« Lipdub » du PS : et si c’était ça la politique ? Oui je sais, ça a l'air de tomber comme un cheveu sur la soupe, mais je l'ai lu ce matin et ça échote (de "écho") dans ma journée.

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